Urban Comics
  X-Men #8 : Krakoa (1)
 
Histoire : Diablo & Ben Wawe 
Date de parution : Novembre 2005

« C’est à moi.
- Nan.
- Si, Hank. T’as roulé durant trois heures, c’est à moi maintenant.
- Et tu comptes rouler comment avec tes plumes dans le dos, Aziraphale ?
- M’appelle pas comme ça, et laisse-moi conduire je te dis !
- Je t’appelle comme je veux, surtout que c’est un compliment, mais laisse tomber. Et je te laisserais pas conduire.
- Si ! Tu dois être fatigué et le X-Jet peut être conduit par tous !
- Mais tu vas la fermer, ta gueule ? J’essaye de dormir, merde ! Hank, fais pas chier et laisse le bourge conduire, ça nous fera des vacances. J’ai besoin de récupérer, bordel ! »

La vieille voiture des années 50 filait à pleine vitesse vers l’Ouest, sur cette route américaine qui partait de New York et ouvrait la voie à toutes les directions des Etats-Unis d’Amérique.
Hank McCoy était à l’avant, roulant bien au-dessus des normes de sécurité, mais il s’en fichait : quel flic pourrait vraiment les arrêter ?
A ses côtés se trouvait Bobby Drake, qui avait encore mal des récentes blessures dont il avait été victime quelques jours auparavant.
Derrière il y avait Warren Worthington, celui qui voulait rouler et dont les mouvements du dos lui faisaient un mal de chien. Il y avait aussi Jean Grey, endormie et ressemblant à un ange dans son sommeil, et Scott Summers, les yeux toujours bandés et le visage vers la route, dans le vague.

Ce dernier aurait bien voulu calmer le jeu, arrêter les querelles de ses compagnons, mais il n’osait pas. Bien sûr, il avait acquis un peu de crédit de leur part après leur combat épique contre Magnéto et ses sbires, mais ce n’était pas assez pour qu’il puisse imposer une quelconque autorité. Ah ! pensa-t-il…si seulement il n’avait pas ce maudit pouvoir, si seulement il pouvait le contrôler, si seulement Jean Grey ne dormait pas…ce serait lui qui conduirait, et tout irait beaucoup mieux…
Encore une fois, le jeune Summers soupira et se replongea dans ses pensées avec un peu plus de mélancolie qu’avant tandis que les trois autres garçons se disputaient encore…

Soudain quelque chose attira leur regard. Tout le monde se tut, l’œil sur cet auto-stoppeur qui marchait sur le côté de la route. Non pas que ses compagnons du pouce levé soient rares mais celui-ci était particulier : son bras était entièrement recouvert de métal ! On a beau avoir dans son équipe un glaçon, un homme-singe et même un ange, on reste surpris.
Jean se réveilla même lorsque la voiture stoppa net. Instinctivement elle donna la vue à Scott qui put comprendre le pourquoi de cet arrêt brutal. Il s’attarda une seconde sur la complicité qui régnait entre eux maintenant. Puis son esprit se focalisa sur le nouveau mutant. Comment réagir ? La prudence est de mise, il faudrait…
- Hey ! Sympa le bras !
Hank McCoy, sa bête noire s’appelle Hank McCoy. Mais bon au diable la prudence hein !… Scott se résigne et sort de la voiture avec les autres.
- Moi c’est Hank ! T’es un mutant pas vrai ? Seul un mutant pourrait avoir ce genre de truc, c’est pas possible autrement…
- Oui, je suis un mutant. Je peux contrôler mon bras métallique.
- Et c’est quoi ton nom ?
C’était Bobby qui posait la question.
- Mon nom humain n’a pas d’importance, on m’appelle…Iron Hand ! »

Le nouveau venu semblait fier de son surnom. Un sourire un peu niais s’affichait sur son visage lézardé par une paire de lunettes noires qui allaient plutôt bien avec ses cheveux longs et grisâtres, voir blancs. Evidemment, la réaction à son pseudonyme ne se fit pas attendre…

« Iron Hand ? Main de Fer, c’est ça ? C’est ton surnom parce que tu te branles longtemps sans avoir de crampe ? Ou parce que ton toucher est métallique chez les filles ?
- Mais nan, Bobby, tu n’as pas compris : le monsieur, il s’appelle Iron Hand parce qu’il est un super héros, voyons ! Il sauve le monde des menaces cosmiques et combat tous les mois son ennemi juré, le maléfique…Doc Metal Foot, le scientifique à la jambe métallique ! »

Un immense éclat de rire de Hank, Bobby et même Warren accueillit les petites blagues sur le surnom du nouvel arrivant. Même Scott se prit à sourire aux conneries de ses camarades, qui devenaient peu à peu des amis…
Mais, sentant que cela mettait mal à l’aise l’auto-stoppeur, Scott prit alors une voix sérieuse (qui fit encore plus exploser de rire Bobby et Hank) pour rappeler tout le monde au calme.

« Stop, maintenant. Tu peux monter, Iron Hand. On t’appellera IH, ok ? Ca sera plus simple…
- Euh oui…merci mais…qui êtes-vous ? Je ne vous connais même pas, je ne vais monter avec des inconnus…
- C’est vrai…bon, nous sommes les X… »

Et là, le jeune Summers ne su pas vraiment quoi dire : étaient-ils les X-Men ? Ou simplement un groupe d’individus, d’adolescents mutants ? Ils avaient quittés Xavier, donc ils n’étaient plus son équipe…mais en fait, c’était plus Xavier qui les avait quittés…

« On est juste des adolescents, comme toi, qui savent pas encore quoi faire de leur vie. Une virée sauvage dans les Etats-Unis avec sexe, drogue et rock’n roll, ça te dit ? »

Scott sourit à Bobby qui venait de le sauver d’un mauvais pas. IH acquiesça et monta dans la voiture. Il avait fallu se serrer un peu pour le nouveau passager, et Jean dû aller plus près de Scott, ce qui ne le gêna pas, étrangement, lui qui avant évitait tout contact…, mais ils finirent par s’y faire tandis que Warren avait enfin le volant.



La route se fit calmement, ils apprirent un peu à connaître le nouveau venu. Il avait posé son sac dans le coffre, mais comme il ne semblait pas avoir beaucoup d’affaires, il n’eut donc pas de mal à tout faire rentrer. Le New Jersey défilait devant eux avec sa forêt sombre et ses petits villages isolés. L’hiver qui s’approchait commençait à donner une couleur rousse aux arbres. Le fait d’avoir un autre mutant déclencha une longue conversation sur les pouvoirs, le racisme etc… qui permit alors à chacun de mieux connaître les autres et leurs opinions.
- Hé ! Faudrait voir à choper un endroit pour pieuter non ?
Warren avait jeté ça sur le ton de la fatigue. Son dos lui faisait encore mal et il appelait de ses vœux une chambre tranquille et un lit douillet. Les autres ressentaient eux aussi les stigmates de leurs derniers combats. Ils acquiescèrent en silence attendant comme des gosses la vue d’un motel sur le bord de la route.
Tous commençaient à vraiment s’endormir lorsque Jean releva la tête et aperçut le toit miteux d’un hôtel qui ne l’était pas moins. Trop crevé pour résister Warren gara le X-jet sur le terre plein devant le « Krakoa Inn. » Nom plus qu’hideux s’il en est. Ce fut alors six adolescents à moitié endormis qui se dirigèrent, les sacs sur l’épaule, vers le plus glauque des hôtels qu’ils n’avaient jamais vus. Le toit semblait vouloir prendre la poudre d’escampette et le reste semblait tiré du film « Délivrance ». Charmant. Mais en y regardant, bien six mutants qui puaient la sueur, et les vêtements sales, ça dépareillait pas trop dans le tableau.

C’est Hank qui alla négocier les chambres. Deux par chambre, plus une pour Jean. L’endroit était plutôt calme, le réceptionniste avait plus de fantômes que de vrais visiteurs. L’hôtel était donc quasiment vide.
En entrant ce qui attirait l’attention, c’était le côté glauque du palace qui choquait. Non pas qu’il y ait du sang sur les murs, mais l’atmosphère était surchargée d’ondes plus que négatives. Mais cela changea du tout au tout lorsque le réceptionniste plus que banal laissa place au patron de l’établissement. Celui-là était un de ces rudes bûcherons aux joues rouges et au verbe haut, qui avait décidé il y a longtemps d’ouvrir un lieu d’accueil dans ses bois qu’il connaissait comme sa poche.

« Merci de prendre une chambre chez nous, les gosses. Vous serez pas déçus… »

Son regard…sa façon d’être…tout cela avait un effet apaisant, étrange en un tel lieux pour tout dire. Il leur montra les chambres et les laissa prendre place dans ce qu’il appelait pompeusement son havre de paix.

Les adolescents acquiescèrent et montèrent chacun dans leurs chambres : Scott et IH étaient ensemble, Hank et Bobby aussi, et Jean était bien sûr seule, ainsi que Warren avait besoin d’un grand espace à cause de sa blessure. Leurs chambres étaient identiques ou presque : assez grandes, toutes étaient dotées d’un grand lit à double place, d’une grande armoire, d’un petit bureau et d’une fenêtre. Il n’y avait rien d’autre.



« C’est…caustique, non ? »

Hank étouffa un petit rire tandis qu’il se couchait sur le lit, les mains sous la tête.

« Ris pas. Tu aurais préféré dormir dans la voiture ?
- Mmh…à côté de Jean, je dis pas non…
- Arrête. Tu sais bien que Scott flashe sur elle.
- Hein ?
- T’as pas remarqué ?
- Nan.
- Merde…t’y vois encore moins que lui alors ! »

Les deux amis éclatèrent de rire alors avant de se coucher et de s’endormir tranquillement.



« Tu…tu ne vois rien ? Mais pourtant avant, quand tu m’as dis de monter…on aurait dit que tu y voyais… »

IH et Scott étaient en train de « regarder » la nuit…enfin, c’était surtout le premier qui faisait cela : le deuxième avait les yeux baissés et parlait juste, sous la blanche lumière de la lune.

« Je ne suis pas aveugle. Juste que, si j’ouvre les yeux, mon pouvoir mutant se déchaîne : je génère une sorte de rafale optique que je ne contrôle pas. Je dois donc garder ce bandeau, mais parfois Jean peut se concentrer assez pour que je puisse voir par ses yeux.
- Ah…ça ne doit pas être facile à vivre…
- Pas vraiment, mais on s’y fait : je suis comme un aveugle, mais avec plus de danger, en fait…
- Pour toi ? »

Scott sourit en « regardant » IH dans les yeux.

« Pour les autres. »



Warren était couché sur le ventre. Il avait mal, et il pleurait. Toute la journée, il avait serré les dents, il s’était forcé à paraître en forme, à n’avoir pas trop mal. Mais le soir, il se laissait enfin aller. Le soir, ce jeune homme laissait toute la douleur qui paralysait parfois son corps et son cœur exploser, et il laissait aussi sa douleur intérieure éclater.

Ses ailes. Ses précieuses ailes. Arrachées. Presque toutes arrachées. Il n’avait rien pu faire, comme paralysé par la peur…il s’était laissé humilier. Blesser. Violer. Car c’était comme un viol pour lui : lui qui ne vivait plus que pour les grands espaces, lui qui ne vivait plus maintenant que pour ses virées aériennes…il en était privé. Par un monstre. Et il s’était laissé faire.

Comment avait-il pu ? Comment avait-il pu laisser faire cela ? Il n’était qu’un lâche…il n’avait pas à être là, pensa-t-il…il n’avait pas à être avec les autres…ils étaient meilleurs que lui…ils étaient plus forts, plus courageux…il ne méritait pas leur amitié et sa place dans la voiture…

Soudain, un cri d’horreur féminin le tira de ses pleurs et de sa douleur. Jean. Jean criait. Elle avait peur. Quelque chose d’horrible devait lui arriver. Rapidement, enfin aussi rapidement que ses ailes presque détruites lui permettaient, Warren fut debout. Il mit une chemise sur son dos, grimaçant de douleur quand le vêtement toucha les ruines de ses belles ailes blanches. Mais il était déterminé : il avait été un lâche jusqu’à maintenant et ne méritait pas ceux qui commençaient à devenir des amis. Il allait maintenant se prouver qu’il avait tort.
 
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