Urban Comics
  X-Men Annual #1 : La Fin d'un Monde (7)
 

Auteur : Lex
Date de parution : Mars 2009

Charles Xavier. Ce nom a hanté mon esprit pendant des mois, après qu’un tueur à gages nous ait attaqué à l’école. Il se faisait appeler Deadpool, un cinglé en collant qui nous a fait tellement de mal que nous en portons encore tous - moi, Scott, Bobby, Hank et Warren - les stigmates. Je n’oublierai jamais ce qu’il a fait à Warren. Comment il l’a déplumé, et ce, avec un plaisir malsain. Je n’oublierai jamais la manière dont il nous a tous démolis, sans que nous ayons eu le temps de réagir et de tenter quoique ce soit. Je n’oublierai jamais la façon qu’il a eu de nous humilier, les garçons et moi. Pendant longtemps, nous avons cru ne pas avoir été à la hauteur. Nous l’avons cru trop fort pour nous. C’était la raison logique pour laquelle il s’était imposé si facilement. Nous étions trop faibles pour nous défendre. Si le professeur n’avait pas pu lui résister, comment nous, ses étudiants et apprentis combattants, l’aurions nous pu ?

Nous lui en avons voulu à lui aussi. Charles Xavier, le télépathe hors du commun, avait failli. Il n’avait pas réussi à nous protéger. Nous ne pouvions dés lors plus lui faire confiance. Et si Magnéto et ses fidèles se repointaient histoire de se venger ? Et si des anti-mutants assaillaient l’école pour en massacrer les occupants ? Hank n’avait alors eu guère de mal à convaincre Bobby de quitter le New-Jersey. « On peut s’en sorti seuls » nous avait-il dit. Bien sûr, Scott avait refusé. Xavier avait toujours été là pour lui. Il l’avait aidé alors qu’il croyait être perdu à jamais dans le noir. Il lui avait donné l’énergie et la volonté de se battre, de s’en sortir dans ce monde où nos frères mutants étaient en perpétuel danger face à la folie humaine. Il était d’ailleurs devenu notre chef. A l’époque, j’étais trop défoncée pour me rendre compte de quoique ce soit. J’étais terrorisée par la voix dans ma tête. Je n’étais qu’une putain qu’un savant fou avait récupéré au bord du chemin. Pour moi, Xavier n’était rien d’autre qu’un cinglé aux idéaux dont je me foutais bien, mais j’étais obligé de le suivre. Il était le seul à pouvoir m’aider. Du coup, j’avais rejoins Scott sur le fait qu’on devait rester unis, mais ici et autour du professeur.

Bien sur, c’était avant que ce dernier ne se casse et nous abandonne. Ça s’était passé quatre jours après la sanglante visite de Deadpool. Warren avait été sauvé de peu de la mort grâce à une intervention médicale d’urgence. Xavier avait apparemment réussi à prendre le contrôle d’un médecin qui vivait dans le coin et qui leur avait fourni les premiers soins. Le blondinet n’était pas rétabli pour autant et s’était enfermé dans un mutisme inquiétant qui l’avait empêché de prendre parti pour Scott ou pour Hank. La dispute avait d’ailleurs tourné à la guerre entre les deux camps qui ne se parlaient plus. Moi, j’avais repris un peu de consistance mais l’image de ce type en costume rouge et noir ne quittait plus mon esprit. Il s’était incrusté sans que je parvienne à le chasser. Son petit rire sadique m’empêchait de dormir la nuit. Sa voix irritait sans cesse mes oreilles. Je devais avoir une mine épouvantable et c’était peut être ce qui inquiétait Scott. Je ne savais pas encore qu’il ressentait des choses pour moi. Quoiqu’il en soit, notre division semblait ne pas atteindre notre mentor. Il avait changé. Les tortures mentales que lui avait infligé Deadpool l’avaient profondément marqué. Tout comme Warren, il ne parlait presque plus. Il nous délaissait et s’enfermait dans son bureau toute la journée. Cela servait l’argumentation de Hank et de Bobby, de plus en plus enclin à faire sécession. C’est alors qu’un matin, nous avions découvert qu’il n’était plus là.

Sans un mot, il était parti. Il nous avait lâchement laissé livré à nous même. Le plus choqué par cette nouvelle avait été Scott. Il était son poulain, son élève, presqu’un fils. Et il avait disparu. Hank nous avait alors réuni tous les cinq, même Warren. Il nous avait expliqué que plus rien ne nous retenait ici désormais. Xavier nous avait trahi et il fallait donc qu’on s’en sorte, même sans ce fumier. Notre colère était réelle. Et Scott la partageait désormais avec nous. Nous avons alors pris le « x-jet » et sommes partis, laissant derrière nous l’espoir et le rêve. L’enfer nous attendait. J’en avais été la première victime lorsqu’un cannibale aux pouvoirs dévastateurs m’avait kidnappé alors qu’on séjournait dans un hôtel miteux. Il avait été vaincu mais au prix de la mort d’un ami que nous avions récupéré en chemin. Xavier m’avait alors assailli avec une terrifiante violence qui m’avait fait douté une première fois quand à sa passivité face à Deadpool. Il avait dis qu’il nous récupérerait, de grés ou de force. Il était parti, nous avait abandonné, et maintenant, voilà qu’il nous ordonnait de revenir au bercail ! C’était à n’y rien comprendre et j’avais du mal à croire qu’il ait été simplement faire quelques courses, ce jours là où nous l’avions cru disparu à jamais. A cause de lui, nous étions qualifié par les médias de terroristes et poursuivis par les polices de tout le pays. A Philadelphie, nous avons rencontré des autres mutants traqués, comme nous, et qui s’étaient réfugiés dans les égouts. Puis il y a eu notre reddition. Une idée de Hank pour stopper net les efforts du gouvernement et de Xavier pour mettre la main sur nous. C’est vrai, nos pouvoirs réunis, nous étions invulnérables et pouvions devenir des héros, comme ces justiciers qu’on voyait à la télé.

Sauf qu’il y a eu un problème. Le Fléau. Un mutant à la puissance décapante, qui réduisait tout en miettes sur son passage. En moins de deux, nous nous sommes retrouvé à Baltimore à affronter ce type. Il avait détruit un immeuble et involontairement tué trente-six personnes. Il était devenu fou, comme un éléphant piqué par un moustique géant et qui laissait parler toute sa colère et sa douleur. Des innocents étaient en danger et nous devions agir. C’est à ce moment là que j’ai découvert l’incroyable puissance qui résidait en moi. La souffrance provoquée par les assauts de Xavier avait disparu. Je me sentais forte. Invincible même. Des flammes léchaient mon corps tandis que je m’élevais dans le ciel. Je ne voyais pas ce que faisaient les garçons. Je ne sentais plus que cette énergie qui débordait de mon être. Plus de peur. Plus de cris. Plus de voix dans ma tête. J’étais une déesse. Mais ce pouvoir me dévorait et je perdais le contrôle. Le Fléau, ce tas de muscle d’au moins deux-mètres cinquante, avait subi les foudres de Scott et le froid polaire de Bobby. Moi, je devais apporter ma contribution en l’attaquant mentalement. Mais rien ne s’est passé comme prévu. Mon potentiel était infini et je voyais sous mes yeux toute l’étendue de mes possibilités. Je ne contrôlais bientôt plus rien. Et ce qui devait arriver arriva. J’ai perdu connaissance. Lorsque je suis revenu à moi, Baltimore avait disparu. J’étais allongée dans un lit, avec Scott endormi près de moi.

Warren est alors entré dans la pièce et m’a expliqué ce qui s’était passé. Apparemment, mes pouvoirs s’étaient déchaînés contre le Fléau. J’avais généré une puissance aveuglante qui les avaient terrassé, lui et toute l’équipe, ainsi qu’une bonne partie de la population assistant au combat. Le Fléau était mort. Lorsque Warren s’était réveillé, il m’avait découverte le visage barbouillé de sang et évanouie. Scott et Bobby l’avaient rejoins, encore chamboulés par le choc. Mais Hank, lui, ses vêtements avaient pris feu et de larges traces de brûlures lézardaient son corps. Se sentir responsable de ça m’a profondément secoué. Jusqu’à ce que Hank et Bobby pénètrent à leur tour dans la chambre. Il allait bien. Enfin, son visage avait été épargné, mais j’ai deviné que sous ses habits, les traces devaient être visibles. Il a tout fait pour ne pas me montrer qu’il souffrait, allant même jusqu’à blaguer sur son état. Mais je lisais la douleur dans ses yeux et surtout, la peur. Scott m’a pris la main et a regardé mes seins pour me parler, croyant que c’était l’endroit où se trouvait ma tête. Ça a détendu l’atmosphère. Nous étions unis plus que jamais. Mais je savais que plus rien ne serait comme avant.

Nous sommes restés cachés pendant des mois après Baltimore. La Ligue est intervenue à Manhattan, la Louisiane a été dévastée par des lézards, une républicaine a été élue à la tête des Etats-Unis d’Amérique avec pour principale ligne directrice de sa politique le contrôle total des mutants. Dieu sait ce qu’elle aurait pu nous faire. Et puis, tout récemment, cette même femme a été l’objet d’un attentat lors de son discours d’investiture. Pas une mauvaise chose. L’ennui, c’est que c’est une surhumaine qui a tenté de l’abattre et elle nous inquiète grandement, celle là. Blonde, jolie, et terriblement déterminée. Nous ne savons pas qui elle est, ni pour qui elle travaille. Elle est accompagnée d’un monstre de pierres et d’un garçon qui génère des flammes, exactement comme ce type qu’on avait combattu bien avant Deadpool. Du coup, les « bêtes à pouvoirs » sont encore plus menacées qu’avant. Nous avions prévu de partir pour de bon. Scott en avait assez et voulait s’installer quelque part où on nous retrouverait jamais. Bobby voulait qu’on s’autofinance en braquant des banques et en se faisant respectés grâce à nos pouvoirs. Pas très discrète, comme solution. Hank et Warren quant à eux, souhaitait affronter pour de bon leurs poursuivants, Xavier en tête de liste. Mais finalement, c’est moi qui ait eu à trancher.

C’est arrivé alors qu’on se terrait dans le Nevada, à peaufiner nos projets et à s’engueuler de nouveau, comme au bon vieux temps. La chose en moi n’était pas revenue et je me sentais étrangement bien depuis que les voix ne me hantaient plus. Peu importe la décision du groupe, je savais au fond de moi que je m’en sortirai. Que quelque chose d’extrêmement puissant veillait sur moi et sur mon destin. Je n’avais plus aucune nouvelle de Xavier depuis qu’il s’était présenté aux élections présidentielles en temps que vice-président du candidat démocrate Dane Whitman. L’envie me prit alors de savoir où il était et ce qu’il préparait. Depuis Baltimore et malgré ce que j’avais fais à Hank, j’étais pleine d’assurance. Assez confiante en mon pouvoir pour réussir l’impossible : vaincre Xavier à distance et l’obliger à arrêter de nous poursuivre. Bien sûr, je n’en avais parlé à personne. Scott et Warren auraient pris peur, Hank m’aurait peut être soutenu mais Bobby se serait rangé dans le camp des indécis. Eux ne savaient pas à quel point j’étais devenue… forte.

Aussi ai-je veillé à n’éveiller aucun soupçon. La nuit, je me concentrais pour le localiser et pénétrer son esprit par la force. Il est puissant mais moi aussi je le suis. Ça a duré près d’un mois avant que je ne réussisse. J’ai été étonnée bien sûr. Mais l’excitation a emportée la surprise et je ne m’en voulais même pas de violer ses secrets les plus intimes. J’ai découvert son histoire, son passé et ce qui ne tournait pas rond sous ce crâne chauve. J’ai du le faire souffrir mais à l’époque, je m’en fichais pas mal. Il nous avait trahi ! Je m’en mords les doigts désormais. Même si ça nous a éclairé toutes nos interrogations, je n’aurais pas dû.

La première chose que j’ai découverte en trifouillant dans sa tête, c’est la relation qu’il entretenait avec Magnéto. Ce mutant qui s’en était pris à nous avec ses acolytes. Il le connaissait bien. A vrai dire, ils se sont rencontrés à l’université. Deux têtes pensantes qui découvrirent leurs pouvoirs presque en même temps. Xavier visitait cet Erik Lensherr la nuit, dans ses cauchemars, mais involontairement. Ces intrusions les avaient bizarrement réunis. Ils allèrent même jusqu’à se révéler leurs pouvoirs, percevant plus ou moins bien la révolution génétique qu’ils représentaient. Mais très vite, les idéaux de paix de Xavier s’étaient opposés à la violence de Lensherr, seule barrière selon lui contre la folie des hommes, qui n’hésiteraient pas à les enfermer comme des bêtes, dans des cages dont-ils ne sortiraient jamais. Forcément, leurs avis divergents ne pouvaient que s’affronter. Et c’était Xavier qui était sorti vainqueur de cet affrontement en assurant un contrôle plus ou moins étroit sur les velléités de celui qu’on appellerait Magnéto. Je le comprends même si je ne cautionne pas ce qu’il a fait. Moi-même, je découvre la puissance de mon cerveau et suis tenté de percer les esprits de mes amis. C’est mal, mais tentant. Je comprends aussi pourquoi Lensherr en voulait tellement au professeur. Au début, ça a réaffirmé ma haine envers lui. Mais ce qui m’a encore plus choqué, c’est-ce que j’ai découvert à propos de moi.

Comment aurai-je su que cet homme, que j’avais découvert attiré par Lensherr, pouvait fantasmer sur moi ? En effet, était né entre les deux hommes un amour non réciproque. Xavier était troublé par cette attirance qui le rendait terriblement anxieux. J’ai lu toutes ses interrogations concernant son ami. Toute l’ambigüité de ses pensées et de son jugement. Si il n’aurait pas aimé Erik, aurait-il été plus violent dans son contrôle sur lui ? Ou bien au contraire, aurait-il agi comme un véritable ami et non comme la victime de sa passion ? Xavier n’avait toujours pas réussi à répondre à ses questions intimes et il ne savait toujours pas si elles étaient siennes ou celles d'un autre. Cela, plus que tout, le rongeait. Sur mon compte aussi il s’interrogeait. Coupable de ses sentiments pour une mineure, il se demandait si ils étaient partagés et se persuadait parfois qu’ils l’étaient bel et bien. Ça m’a dégoûté de savoir que le professeur avait pu avoir ce genre de pensées à mon égard. Je lui en ai terriblement voulu, avant de découvrir ses projets pacifiques plus en profondeur.

C’était la raison pour laquelle il s’était allié à Whitman et était rentré en politique. Pour mettre en œuvre son rêve. Ce rêve de voir humains et mutants cohabiter en paix. C’était l’illusion humaniste d’un futur où régnerait l’entente et l’harmonie. Mais, étrangement, il n’y croyait pas tant que ça. Il doutait, comme tout un chacun. Il s’interrogeait encore et encore sur le but à atteindre et les moyens dont il fallait recourir pour y arriver. Il n’avait pas confiance en autrui et pourtant, désirait plus que tout la paix et l’amour. Il savait ce que l’homme réserverait aux créations de l’évolution. Il avait vu toutes les horreurs dont seraient capable les dirigeants de ce monde pour assouvir leur besoin sécuritaire contre cette nouvelle espèce. Ils seraient près à détruire toutes les libertés et tout les droits. Ses espoirs et ses peurs avaient motivés les actes de Xavier.

Comme ils avaient motivés la création des X-men. L’objectif de l’entreprise était d’éviter que les mutants ne soient maltraités et qu’il apprennent dans un climat rassurant à se servir de leur pouvoir. Mais cette base saine était gangrénée par l’obsession qu’avait Xavier à tout contrôler. De ne laisser échapper aucune parcelle de son rêve. De ne laisser personne l’altérer. Pourtant, il comprenait plus ou moins que ses aspirations ne pourraient être suivi, même par ses élèves. Scott s’était fait plus ou moins manipulé par Xavier qui lui avait inscrit un but dans son cerveau. Il avait profité du désespoir de Bobby et de Hank pour les incorporer dans l’équipe. Quant à moi, j’étais une loque facile à diriger. Il a usé de mes dons sans vergogne. Je lui en veux pour ça. Mais j’ai découvert ses souffrances les plus profondes. Il veut faire le Bien mais son échec lui fait perdre la notion même de ce mot.

Ma plus grosse surprise a été de voir comment il a tenté de nous protéger en nous éloignant de lui. La violence de Hank à son sujet, après que Deadpool nous ait attaqué, m’avait surpris. J’ai compris que Xavier l’avait amplifié pour qu’il nous conduisent à se libérer de lui. Il avait également laissé le mercenaire nous torturer et me torturer pour nous obliger à nous en aller. Pour nous sauver, en quelque sorte. Ses attaques psychiques visaient à le rendre détestable, pour nous rendre plus fort et nous unir. Réalisant son échec, il nous avait libéré. Finalement, j’ai découvert un homme blessé, dépassé par ses pouvoirs, qui confondait sa propre volonté avec le consentement des gens lorsqu’il pénétrait dans telle ou telle tête. Un homme qui avait perdu le sens des réalités et des valeurs, hanté par son rêve et terriblement seul. Si seul qu’il en finissait par devenir paranoïaque. Il voulait nous protéger de ses excès mais nous rendre plus fort aussi. C’est courageux et je respecte ça.

Ce fut difficile d’expliquer à mes amis que l’être qu’ils détestaient le plus voulaient leur bien. Hank avait failli m’insulter de folle. Il avait même prétendu que j’inventais tout ça, que Xavier avait pris mon contrôle. Scott, au fond de lui, avait su que je ne mentais pas. Pourtant, il s’était montré très dur avec son ancien mentor, ce jour là. Il ne lui pardonnerait jamais, je l’ai compris. Bobby et Warren restaient indécis. Quoiqu’il en soit, nous étions divisés quant à l’attitude à avoir face à ces révélations. Devions-nous, comme Bobby l’avait suggéré, fuir avec une montagne de fric et se retrouver à la l’abri du besoin et de nos persécuteurs ? Ou au contraire, devions-nous retourner au bercail pour régler nos comptes avec Xavier ? C’était cette dernière idée que défendait Hank, mais pour pouvoir se débarrasser du professeur plutôt que de l’écouter et de lui laisser une chance, comme je le suggérai. Scott était resté muet. Warren était de mon avis. Au final, c’est moi qui est eu le dernier mot. J’ai profité de l’indécision de Scott en le forçant quelque peu à me soutenir. Il est amoureux de moi, je le sais. Je n’aime pas profiter de lui mais cette fois, c’est crucial pour notre avenir. Hank a accepté de laisser Xavier se défendre avant d’éventuellement lui fracasser le crâne. Bobby, lui, aurait préféré être ailleurs mais nous suit par loyauté. Je sais qu’il soutiendra Hank si le professeur ne les convainc pas.

A présent, le X-jet fonce vers New-York et ce qu’il reste de l’institut pour jeunes surdoués. Hank a les doigts crispés sur le volant. Je sais qu’il a peur. Bobby est assis à côté de lui et chantonne une ballade texane. C’est la première fois que je l’entends faire ça. Warren est assis derrière et observe le ciel en rêvassant. Scott, lui, me regarde. Enfin, sa tête est tournée vers moi. Il connaît la force de mon esprit et veut me faire confiance. J’ai sa vie entre mes mains et ça, il le sait. Il attend de moi que je l’aide à « voir » Xavier. Que je lui permette d’affronter son regard. Il est courageux. J’aime ça.


*




Le wagon s’ébranle doucement et je sens un frisson me parcourir, de la tête aux pieds. Une sorte de signal qui m’indique qu’ils sont tout près d’ici. Je suis assis sur une banquette défraichie et éventrée en son milieu. Personne n’a osé s’asseoir à côté de moi. Peut être certains ont-ils reconnu en moi le bras droit du candidat démocrate lors des élections. Je suis apparu à ses côtés quelques fois, lors de la présentation du personnel de campagne. Ils ont peur de moi, je le vois. Une femme me regarde d’un air faussement hautain. Elle se donne du courage et veut se prouver à elle-même qu’elle peut affronter mon regard. Elle doit avoir la quarantaine, rousse, la poitrine refaite pour plaire à son mari, un ingénieur des eaux. A moins que ce ne soit pour satisfaire son amant. Elle ne le sait pas encore mais elle attend un enfant de ce type. Et moi, je vois cinquante-huit façon de la neutraliser si jamais il lui prenait l’envie de s’approcher de trop près. Mais elle ne le ferra pas. D’ailleurs, elle détourne le regard. En biais de moi, adossé contre la vitre sale, un jeune homme transpire abondamment. Il a tout de suite compris qui j’étais. Et il a peur. Tout comme la rousse. En fait, tout les passagers ici présents - trois hommes, deux femmes, et deux bambins - sont terrorisés. Ce sont des humains tout ce qu’il y a de plus basiques et je connais leur nom, prénom, date de naissance, l’heure exacte de leur première fois ou encore le montant de leur compte en banque. Ils ont un boulot, une famille, et un tas de petits secrets que je décrypte en quelques secondes. Je dois savoir si ils sont capables de s’attaquer à moi. Depuis la tentative de meurtre sur la présidente, j’ai pris cette habitude. Ils se méfient de gens comme nous. Certains voudraient nous voir tous morts, se balançant au bout d’une corde. Strange fruit, comme dit la chanson de Billie Holiday. Après tout, les gens n’ont pas changé depuis les années trente, ou dans le Vieux Sud, un bon noir était un noir mort. Aujourd’hui, on applique cette belle devise aux mutants et autres racailles de notre espèce.

Les gens sont idiots. Et pourtant, je ne peux m’empêcher d’avoir foi en eux. Je suis comme ça, humaniste dans l’âme. Le perdant de ce siècle, comme m’appelait Erik, à l’époque où nous étions encore amis. Génocide. Massacre. Déportation. Camps de la mort. Torture. Bestialité. Ces mots se sont inscris en lettres de sang dans les annales du vingtième siècle. En 2009, ils sont d’une actualité terrifiante. Le monde va bientôt être à feu et à sang. La Chine et le Japon sont en ce moment même en pleine campagne de mobilisation. Une injonction spéciale a permis à la constitution japonaise une totale liberté militaire, permettant à cet ancien belligérant du second conflit mondial de reconstruire, en quelques mois à peine, une armée digne de celle qui nous avait attaqué à Pearl Harbor. L’Inde et le Pakistan n’ont cures des vaines tentatives diplomatiques de l’ONU pour les réconcilier. Et ces deux nations orgueilleuses ont l’arme atomique. Destruction mutuelle assurée. L’Europe a adopté, pour une fois, la même position, unique et inébranlable. Celle de l’inaction. La Russie a déjà lancé aux pays caucasiens un ultimatum des plus clair : soumettez-vous ou périssez sous les bombes. L’Afrique. Je n’ose y songer. Dictatures et gouvernements fantoches se succèdent, suivant les intérêts de telle ou telle puissance mondiale. La guerre civile se déchaîne pour servir la cause des Grands de ce monde. Peu importe les millions de morts. L’Amérique du Sud connaît des pénuries qui font voler en éclat les résolutions gauchistes de ces peuples. Les souvenirs de monstres comme Pinochet sortent du tombeau.

Ici, aux États-Unis, la crise mondiale se matérialise avec une cruelle ironie. La construction de bunkers pour particuliers est montée en flèche, atteignant des taux semblables aux piques de tensions les plus chaudes de la guerre froide. Tout le monde s’attend à ce qu’un voisin envieux bombarde le sol américain. Hélas, on ne peut pas leur donner tord. Moi-même, j’ai dû réviser mes plans quant à mon… utopie. Car finalement, mon aspiration à la concorde entre mutants et humains n’est qu’une chimère. Une chimère qu’il me faut bâtir à tout prix. Jamais je n’ai eu autant peur pour l’humanité. Jamais mon désir de sauver le monde n’a été si fort. Je sais que je dois réussir pour que nous survivions à la catastrophe qui s’annonce. Je sais que mes espoirs ne sont pas totalement morts, même si ils ont été sérieusement ébranlés par les évènements qui se sont produits sur notre petite bille bleue. Et je sais aussi que la réalisation de mon rêve passera par le combat et la douleur. Nous allons perdre nos amis, nos frères, nos familles. Je l’ai à présent compris et assimilé. Pour que vive l’amour, il faudra verser le sang. Et ce, même si je dois violer l’intimité de toutes les têtes du globe. Et ce, même si ça me fait mal de devoir en arriver là. J’aurais besoin d’une armée pour y arriver. Oui, des guerriers, des soldats prêt à mourir pour leur cause. Et cette même armée est à présent en marche.

Je perçois la présence de Logan derrière moi. Il a inspecté les autres wagons avec les autres, à la recherche d’un éventuel ennemi. Il n’a tué personne même si je vois en lui qu’il en mourrait d’envie. Il est l’exemple type du mutant perdu, haché menu par la société et ses pires représentants. Tout son être n’est que souffrance. Et je lui ai promis d’y mettre un terme dés son travail terminé, une fois qu’il me sera devenu inutilisable. Bien sûr, ça n’a pas suffit à le convaincre. Quand je l’ai recueilli, en Thaïlande, il travaillait pour des trafiquants de drogue et passait son temps entre clubs de striptease, bars et hôtels miteux. Tout les soirs, il partait à la chasse de ses proies dont ses employeurs voulaient se débarrasser. Un chien de combat lâché dans la nature, en somme. Lorsqu’il m’a vu, alors qu’il montait se coucher, il a tout de suite su que je venais pour lui. Immédiatement, il a sorti ses griffes pour m’étriper. En une seconde, il se retrouvait à terre, inconscient. Une fois réveillé, il n’a pas dit un mot et m’a écouté en silence. Dans sa tête, je pouvais lire - avec difficulté - des milliers de pensées embrouillées, la mort y tenant une place récurrente. Je lui ai parlé de moi, de mes désirs concernant mutants et humains. De mon idée de lever une armée pour permettre à l’humanité de grandir et d’ouvrir les portes d’un âge d’or immortel. Il n’a pas rit. Il n’a pas soupiré. Il ne m’a pas craché au visage. Il n’a simplement pas réagi, comme si il se trouvait ailleurs, à des kilomètres d’ici. Il m’a fallu lui parler de sa fille pour tirer une crispation de son visage. Je suis entré dans sa tête une nouvelle fois. Il a sorti ses griffes. Elle se sont rentrées automatiquement par une simple pression de mon psyché. La colère. La tristesse. La peur. Ces trois sentiments dominaient sa part infime d’humanité. Il m’a supplié d’abréger ses misères, de le tuer. Enfin, c’est-ce que j’ai lu en lui. J’ai du m’engager à accepter. Mais ça ne suffisait pas pour m’assurer sa totale loyauté. Aussi ai-je promis de répondre à sa seconde exigence : tuer sa fille. La dernière volonté d’un être bestialisé, rendu fou par l’homme et par l’animal. Le dernier sursaut d’une créature brisée qui voulait épargner au monde un autre tueur de son espèce.

Ce fut ma première recrue. Il ne parle jamais aux quatre autres, ne partage jamais leurs repas ou leurs activités. Pourtant, je peux compter sur lui à tout moment, sans même à avoir à le manipuler. J’ai convaincu Logan grâce à des arguments qui me dégoûtent. Arthur, lui, s’est montré aussi peu enclin à rejoindre nos rangs. C’est une pourriture immorale. Il a tué son propre père et tabassait régulièrement sa petite amie avant que j’arrive. Il vivait dans un taudis à Los Angeles. Un de ces immeubles vétustes et puants où viennent s’entasser des familles entières de Mexicains. C’est son amie qui m’a ouvert la porte lorsque j’ai toqué poliment. Elle était couverte de bleus qu’elle tentait vainement de cacher. Elle avait honte, comme je l’ai souvent observé chez les victimes d’abus sexuels ou de maltraitance. Un grand blond à la barbe crasseuse, torse nu, l’a violement tiré en arrière et m’a fait face. Il était bel homme. J’ai croisé son regard et j’ai su absolument tout de lui. Il a voulu me fermer la porte au nez. Je l’ai forcé mentalement à la rouvrir. Nous avons discuté longuement tout deux. J’ai présenté mon projet, je lui ai expliqué que je savais qu’il était un mutant pouvant agir sur la chance et que moi-même, j’étais télépathe. Il l’avait compris lorsqu’il avait totalement perdu le contrôle de son corps, ce qui l’avait horrifié. Tête baissé, il m’a raconté comment il en était arrivé là. Il avait grandi ici, à L.A. Son père, un dealer sans envergure, battait sa mère tout les soirs, si fort qu’elle en était morte. Arthur venait d’avoir sept ans. Comme il avait tenté vainement de la défendre, les coups s’étaient mis à pleuvoir. Lorsqu’il s’était enfui de la maison, son paternel lui avait coupé le petit doigt de la main gauche. Celui de la main droite n’avait pas fait long feu. Une simple bêtise - Arthur ne s’était pas épanché là-dessus, même si je savais qu’il avait vendu du crack - avait convaincu son père de l’amputer. A douze ans, le père était mort, une balle dans la tête. Le fils avait été placé en centre de redressement. Une prison pour gosses. C’était dans cet établissement qu’il avait découvert son incroyable pouvoir. Une drôle d’ironie au vu de la malchance qui l’avait accablé toute son enfance durant. Une fois sorti, à seize ans, Arthur avait emprunté la voie du crime. Dealer puis voleur, il avait usé de son talent pour devenir un caïd respecté. Mais l’alcool et les drogues eurent raisons de son empire. Il avait tout gâché et j’étais là pour le remettre sur le droit chemin. Il avait accepté sans broncher de me suivre après que je lui ai fait clairement comprendre ce dont j’étais capable.

« Je les sens ».

Logan me tire de mes pensées. Il s’est assis en face de moi. Son odorat vient de lui parler. Il sait qu’ils arrivent. Moi aussi. Je le lui dis télépathiquement et il acquiesce avant de se lever. Cette fois, les autres passagers sont morts de terreur et prient pour arriver vivants à la prochaine station. Encore trois minutes et dix-huit secondes. C’est exactement le temps qu’il m’a coûté pour m’attirer les faveurs de Malicia. Elle a treize ans. Ses parents sont morts parce qu’elle les a touché. Placée dans un orphelinat à la suite de ce drame, tout contact avec les autres lui a été interdit. Je l’ai tout simplement adopté, et ce dans un cadre plus ou moins légal. Des industriels, politiques et autres puissants aux penchants louches adoptent des gamines dans les orphelinats pour des raisons inavouables et c’est l’argent qu’ils mettent sur la table qui réussissent à venir à bout des réticences de fonctionnaires heureux d’une prime de fin de mois. J’ai procédé de manière identique pour obtenir la garde de Malicia. Le directeur m’a dit au creux de l’oreille que je ne pourrai rien en tirer. J’ai souris et je suis parti avec elle. Nous sommes ensuite aller manger une glace. Elle est encore très perturbée par ce qu’elle sait faire mais je l’aide du mieux que je le peux. Et puis elle s’est liée d’amitié avec Remy Lebeau, un quinquagénaire à la forme olympique, ayant la particularité, outre son incroyable narcissisme et ses yeux rouges, de percevoir des bribes d’avenir et de transformer n’importe quel objet en arme mortelle. C’est un ancien de la CIA et il se croit encore capable des exploits d’antan. Il me fut facile de le tirer de sa retraite en Alabama.

C’est lui qui m’a conseillé la dernière de mes ouailles. Kurt. Un ancien pasteur vivant reclus dans une chapelle abandonnée. Cela fait à peine un mois qu’il nous fait l’honneur de sa présence. À l’image de Logan, il ne parle pas beaucoup et aime s’isoler. Il a beaucoup souffert, peut être plus que les autres. Lorsque Remy me l’a amené, sa peau d’un bleu sombre était couverte d’ecchymoses. Il m’a raconté qu’il l’avait découvert ainsi, nu comme un vers, suspendu à une croix formée de deux troncs d’arbres inégaux. La pauvre victime n’a pas pipé mot et je n’ai pas osé le forcer à dévoiler son histoire. Je veux qu’il apprenne à me faire confiance et ça n’est pas en violant son esprit que j’y parviendrai. Il finira par se faire à l’idée que je ne lui veux aucun mal et que ma seule motivation et le salut de nos âmes. Il est pasteur. Il devrait être capable de comprendre cela.

Le train freine brusquement. Les portes automatiques s’ouvrent et les badauds paniqués se volatilisent comme un essaim de perdrix affolé. Je suis le chasseur qui les fait fuir. Je regarde ma montre, plus par habitude que par réelle nécessité. Je connais déjà l’heure précise, au centième près. Et je sais qu’ils arriveront dans quelques secondes à peine. Logan le sait aussi et me lance un regard qui veut tout dire. Il est prêt à tuer. Je secoue la tête. Il n’y aura pas d’effusions de sang. Pas cette fois.

Je ferme les yeux.

« Xavier. »

Lorsque mes paupières se soulèvent, ils me font faces. Le train se remet doucement en marche et je les observe alors. Scott se tient au milieu des troupes. C’est lui qui a lâché ce nom. Mon nom. A droite, Hank me fusille du regard et ses énormes poings ont viré au blanc neige à force d’être serrés. Bobby, légèrement en retrait, observe Logan. Il envisage de se jeter sur la banquette du fond puis de l’immobiliser grâce à son pouvoir. A gauche, Jean et Warren restent stoïques. Elle m’interdit de lire ses pensées et également celles de Warren et de Scott. En quelques secondes, je comprends que le plan de Bobby est une émanation de son esprit visant à m’induire en erreur. Elle est devenue forte. Bien plus qu’elle ne me laisse l’entrevoir. Je garde mon calme et observe chacun des visages de mes anciens élèves. On peut y lire de la colère et de la souffrance. La douleur d’enfants abandonnés par leurs parents, laissés seuls dans la nature. S’ils savaient que j’ai fais cela pour leur bien.

« Heureux de vous voir. »

Je souris légèrement. Scott recule d’un centimètre et Hank est prêt à exploser. Il lance un regard à Jean qui lui dit télépathiquement quelque chose. Sans doute l’exhorte-t-elle à attendre, à me laisser une chance de leur expliquer pourquoi je les ai abandonné. Pourquoi je les ai manipulés pour qu’ils me détestent et s’éloignent de moi. Pourquoi j’ai laissé Deadpool leur faire du mal sans réagir.

« Je… »

J’ai à peine commencé ma phrase que Jean me coupe. Sa voix est froide et dure. Le fait de ne pas pouvoir lire en elle comme autrefois me perturbe. Je sais bien qu’elle connaît mes secrets, et notamment le désir violent que j’ai éprouvé pour elle. Elle doit m’en vouloir terriblement. C’est étrange et à la fois excitant. Je peux pénétrer tous les crânes de cette planète, avoir accès aux moindres cases de l’inconscient humain, mais d’elle, à cette seconde précise, je ne sais rien.

« Nous savons ce que vous avez fais et pourquoi vous l’avez fais. Nous savons que vous avez voulu nous protéger. La question est : maintenant, que faisons nous ? Qu’avez-vous à nous proposer pour vous laisser la vie sauve ? »

Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi directe et incisive. De la sueur coule sur mon front et Logan l’a remarqué. Il reste en retrait et attend mes ordres. Il veut tuer.

« Je vois que le fait de fouiller dans ma tête t’a éclairer quant à mes intentions. Tant mieux. Ce sera plus simple pour moi. »

Mes yeux s’arrêtent sur Warren. Il est le plus fragile et le plus à même à se laisser convaincre par mes arguments. Bobby aimerait être à des lieues d’ici. Sous ses airs de gros dur se cache un être sensible que j’ai longuement étudié. Il n’est pas le plus dangereux. Hank, lui, c’est autre chose. Son intelligence est sans bornes et il dispose d’une mémoire terrifiante. Génie des sciences, cet ancien SDF est aussi capable de broyer un être humain en le prenant dans ses bras. Logan aura du mal à le vaincre si il commence à s’agiter. Quant à Scott, je crois qu’il me soutiendra. Il est le seul qui peut pleinement comprendre mes actes. C’est pour cette raison que c’est à lui que je m’adresse alors qu’il retire son bandeau et ouvre les yeux. Jean lui permet cet exploit.

« Tout d’abord, permettez moi de vous présenter Logan. »

Je désigne du doigt mon garde du corps.

« Comme vous, c’est un mutant. Et comme vous, il a beaucoup souffert, victime de l’irraisonnable violence qui caractérise l’être humain.
- Vous avez trouvé de nouveaux lèche-cul, on dirait. »

La pique de Hank ne me fait même pas tiquer et je poursuis.

« Logan a un lourd passé derrière lui. Il a vécu la plus terrifiante des exploitations et des folies dans une sorte de goulag, avili par les expériences criminelles de savants fous, dignes des pires bourreaux nazis. On l’a torturé, et il n’est pas le seul dans ce cas. En fait, ils ont été des centaines à être capturés par les dirigeants du programme : Arme X. Tout ça parce qu’ils avaient eu le malheur d’être nés mutants, d’être différents. Dans les années cinquante, un âge d’or pour la Science-fiction, un magazine a interrogé les américains moyens sur leur réaction en cas d’invasion extra-terrestre. Quatre-vingt pourcents ont répondu l’extermination de la race belliqueuse. Rares ont été les individus a proposer le dialogue comme solution. La vérité, c’est que l’ Homme ne changera jamais. Il a peur des autres. De ceux qui sont différents de lui. De ceux qu’il considère comme une menace. Depuis la nuit des temps, cette peur a dicté les conduites humaines, jusqu’à aujourd’hui. L’Humanité s’est construite avec pour bases des cadavres et pour ciment, le sang des innocents. Avant, j’étais un humaniste, je l’avoue. J’avais foi en la capacité de compréhension et d’adaptation de l’Homme. Mais je me suis fourvoyé, et, vous le savez, c’est la raison pour laquelle je vous ai renvoyé.

J’ai été faible et je n’ai pas vu, alors que certains m’imaginent le télépathe le plus puissant de la planète, la catastrophe arriver. J’ai tellement scruté le ciel orageux à la recherche d’un rayon de soleil, que j’en ai oublié la réalité. A force d’espérer, je me suis fermé au monde et mes rêves sont devenus de plus en plus fous. Je voulais la concorde, la paix éternelle et universelle, croyant, en idéaliste, pouvoir réconcilier le genre humain. J’ai voulu donner corps à cette image, cette vision d’un éden où tous vivraient en harmonie. Je me suis pris pour un Dieu, j’en ai payé le prix fort. Je n’ai pu construire mon œuvre. Pire que cela, je vous ai entraîné avec moi dans ma chute. Lorsque je l’ai réalisé, j’ai été moralement obligé de vous « relâcher », de vous laisser partir. Vous serriez traquer mais libres, loin de moi, loin de mes aspirations déchues. Je ne voulais pas que vous me voyiez comme je l’ai été pendant des mois : brisé. J’ai pleuré, j’ai brûlé mes plans et fait le deuil de mes chimères.

Jusqu’au jour où un homme m’a rendu visite. L’école était en ruines, je n’avais plus un sous, j’étais fou de douleur et de colère envers moi-même. Je me suis montré sous mes pires oripeaux. C’est alors que cet étranger m’a tendu la main. Il était beau malgré une barbe abondante. Je l’ai pris pour Jésus. Il souriait, il avait l’air si serein, si sûr de lui, si intègre. Il semblait sortir tout droit d’une icône religieuse apparaissant au pécheur. Une jeune fille blonde l’accompagnait. Elle ressemblait à un ange. Il m’a dis quelques mots à peine. « Ne perds pas espoirs. Sois fort. Ton rêve se réalisera. Brainiac l’a vu. » Puis il est parti. C’était le rayon de soleil que j’attendais depuis tant d’années. J’ai saisi cette occasion unique. C’était maigre. Surement stupide. Mais j’ai décidé de relever la tête. Le monde mérite d’être sauvé. Mon utopie n’est pas morte, les enfants. Elle est toujours là, plus vivante que jamais. Et je compte sur vous pour m’aider à la réaliser.

J’ai recruté d’autres mutants. Une nouvelle équipe. Une nouvelle armée qui vous serait complémentaire. J’ai sacrifié mes espoirs de paix car à présent, j’ai réalisé qu’il me fallait conquérir le monde et lui imposer la paix universelle. J’ai pris conscience de ma faiblesse mais je n’ai pas abandonné. Vous pouvez me considérer comme narcissique, odieux, manipulateur. Et je vous donne raison. Sauf qu’aujourd’hui, le monde est menacé d’anéantissement. Le Mal parcourt nos rues, détruit des vies en toute impunité. Les humains ont besoin d’être guidé, d’avoir foi en quelque chose, en un idéal. Et je suis là pour le leur apporter sur un plateau. Nous devons réagir avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la Terre ne s’écroule pour ne plus jamais se relever. C’est une question de survie. Mettons de côté nos mésententes et nos erreurs. C’est du passé. A présent, nous devons nous unir. Nous devons sauver le monde. »

Ils m’ont tous écouté attentivement. Hank a baissé la tête. C’est-ce qui me surprend le plus. Son intelligence lui fait examiner les faits et il est obligé de se rendre à l’évidence. Je suis dans le vrai. Bobby a hoché légèrement la tête. Il en a terriblement bavé et sait que, pour éviter à d’autres mutants de recevoir les coups qu’il a pris, il doit ravaler sa rancœur et me suivre. Warren est soulagé. Il me fait encore confiance. Jean se prend même à rêver, elle en oublie de protéger ses camarades contre mes talents mutants. Je peux découvrir avec joie qu’ils sont de mon côté. Je vais devoir encore les convaincre un peu plus chaque jours, regagner leur confiance mais mon petit discours a eu l’effet escompté. Je me tourne vers Scott. Il me fixe toujours. Ses yeux commencent alors à prendre une couleur rougeâtre tandis que ses sourcils se froncent. Je ne comprends pas. Il ne va tout de même pas… !

Un éclair transperce le wagon. Je ne vois plus rien et je tombe. Mon épaule saigne. Je sens la douleur me saisir, comme si une mâchoire géante m’arrachait la peau et les muscles. Ma main s’accroche à un barreau situé vraisemblablement en dessous de la banquette. Le train s’arrête brutalement et la structure bien ordonnée se rompt. Tout se brise en quelques secondes. Lorsque j’ouvre les yeux, le train a déraillé.

« Scott… »

Jean est à quelques mètres de mois, coincée sous un siège. Elle n’a pas pu l’arrêter. Et moi, je n’ai pas réussi à lire toute la colère qu’il avait en lui à mon égard. Je me maudis d’avoir été aussi bête de croire que mes belles paroles réussiraient à pallier à l’absence d’un père. C’est-ce que je suis pour lui. Et un père n’abandonne jamais ses enfants.
Le wagon est tordu, comprimé à l’avant, là où se trouve Jean. Malgré la douleur, je parviens à me lever. Avec ça, je me suis tordu la cheville. Je parviens à me traîner jusqu’à elle et à la dégager. Du sang coule de sa tête et elle vacille avant de tomber dans mes bras. Je me retiens de tomber en me calant contre la paroi métallique du wagon. Puis je ferme les yeux pour voir l’étendue des dégâts.

Comme je l’ai deviné, le train est sorti de ses rails et est allongé comme un serpent mort le long du bas côté. Fort heureusement, Scott n’a pas utilisé sa rafale dans le tunnel que nous avons traversé. Sinon, nous serions tous mort à l’heure qu’il est. Je vois avec soulagement que les passagers sont secourus par Hank, Warren et Bobby. Même Logan a mis la main à la patte. Ça le dégoûte de venir en aide à des humains, mais il sait que c’est compris dans les clauses du contrat moral que nous avons signés. Par contre, il n’y a nulle trace de Scott.
Finalement, je réussi à m’extraire du wagon, traînant Jean évanouie derrière moi, comme un vulgaire sac de patate. Difficile de faire mieux. C’est alors que je perçois derrière moi la présence de mon élève favori. Je peux le neutraliser en une demi-seconde. Mais je ne le fais pas. Je dépose Jean et je me retourne. Il a remis son bandeau. Si il me frappe, je le laisserai faire. Je ne m’amuserai pas de son infirmité. Il a le droit, plus que quiconque, de porter la main sur moi. Et j’attends la punition qu’il m’a réservé.

« Je ne vous pardonnerai jamais, professeur. Si je m’engage à vos côtés aujourd’hui avec mes gars, c’est pour le bien de l’Humanité. Certainement pas pour vous, pourriture. »

Il ne m’a pas frappé. Il… il m’a juste dit ces quelques mots. Puis il a pris Jean dans ses bras et est parti rejoindre ses frères d’armes. Je tombe à genoux et je me mets à pleurer. Je viens de gagner une armée. Je viens de perdre le garçon que je considérais comme mon fils.

 
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