Urban Comics
  La Ligue #6 : Démons de Louisiane (3) : Trahison!
 

Auteur : Ben Wawe
Date de parution : Juillet 2008

« Wow…il s’est passé quoi ? »

Barry Allen ne comprenait pas pourquoi il était encore vivant. Leur ancien coéquipier Hal Jordan les avait fait tomber de sa « station » au-dessus des nuages parce que leur chef avait voulu éradiquer plus de la majorité des Lézards, et normalement il devrait être mort : Steelman ne pourrait jamais tous les faire voler, et il n’avait senti aucune aide alors qu’il fondait vers le sol. Il avait fermé les yeux en espérant que tout se passe vite, mais…il n’avait rien senti : ni choc, ni douleur, rien. Il avait lentement relevé ses paupières pour se rendre compte qu’il était couché sur la terre ferme, sans aucune blessure. Vu la hauteur de la base de Jordan, ça semblait impossible.

« Hal nous a aidé.
- Quoi ? »

Il leva les yeux vers Donna Troy, déjà debout et ses deux Desert Eagle à la main. Il avait appris à l’apprécier lors de leurs deux « missions », mais elle lui faisait quand même un peu peur : elle n’était pas très normale, après tout. Elle était d’accord avec John pour exterminer les Lézards et n’hésitait jamais à tirer à balles réelles sur leurs adversaires : elle était dangereuse, mais heureusement elle était avec eux. Néanmoins, ça ne voulait pas dire qu’il se sentait à l’aise avec quelqu’un qui n’avait aucun remords à tuer des gens innocents…même quand ils sont possédés par des monstres.

« Hal a créé au dernier moment des parachutes autour de nos épaules pour nous faire tomber sans trop de dommage. Il a aussi laissé un mot.
- Un mot ?
- Oui. Il a disparu maintenant, mais tu l’aurais si tu n’avais pas fermé les yeux. »

Elle n’alla pas plus loin, mais il était clair que pour elle, il avait été lâche. Il grimaça en se relevant et en enlevant la poussière de son costume : il n’aimait pas qu’on le prenne pour un couard. Evidemment qu’il avait fermé les yeux, mais après tout il était encore jeune et tout ce qu’il vivait en ce moment était un peu de trop, pour lui : que ça soit les Lézards, le départ de Hal et Clark ou encore ses propres pouvoirs qui le rongeaient, rien ne semblait aller vraiment dans sa vie. Il était à deux doigts de raccrocher son masque pour mener une vie normale, mais à chaque fois ses responsabilités se rappelaient à lui et il savait qu’il devait intervenir pour sauver des gens.
Il soupira lourdement en passant sa main sur son visage en sueur, avant d’entendre du bruit derrière lui. En une seconde, il fut retourné grâce à ses pouvoirs et prêt au combat, mais se relâcha immédiatement quand il reconnut Steelman et John. Le premier avait enlevé son masque à cause de la chaleur et semblait en souffrir, mais le second était toujours dans son costume noir avec chemise et cravate. Il devait bouillir là-dedans, mais n’en laissait rien paraître.

« Ca va, vous ?
- Chaudement. Il paraît qu’Hal nous a sauvés…malgré tout. Et qu’il a laissé un message.
- Oui, je l’ai vu aussi.
- Et il disait quoi ?
- Tu ne l’as pas lu ?
- Euh…non…
- Il avait les yeux fermés, James.
- Ah. D’accord…c’est pas un problème. En gros, Hal nous dit qu’il ne veut plus avoir affaire à nous, mais qu’il nous laisse une dernière chance de l’appeler en cas de problème : il suffira qu’on contacte le Corps pour qu’il vienne…mais ça ne fonctionnera qu’une fois.
- Une sorte de signal de secours, quoi.
- Ouais. Mais on ne sait pas comment joindre le Corps, donc ça risque d’être difficile.
- Et nous n’en avons pas besoin. »

Tous les regards convergèrent vers John Jones. Son attitude était de plus en plus étrange et discutable pour les membres de leur équipe, et Barry songeait de plus en plus à parler avec Steelman de leur appartenance à la Ligue sous l’égide de cet homme : même si il comprenait qu’on puisse vouloir stopper de manière radicale les Lézards, il n’était pas prêt à le faire lui-même…et à assister à ce genre de choses. Il savait que John et Donna auraient besoin de lui pour assassiner ces monstres, mais il doutait de plus en plus de pouvoir y parvenir : il n’était pas fait pour les massacres.

« Quoi ?
- Nous sommes la Ligue : nous sommes au-delà des pauvres propositions de Hal. Même si il veut bien faire, il est évident que nous n’avons pas besoin de son aide. Il pense qu’il a le Bien de son côté, mais il se trompe. Nous allons nous débrouiller tout seul.
- Tu veux qu’on fonce à nous quatre en Louisiane contre tous les Lézards ?
- Nous sommes déjà en Louisiane. »

Steelman fronça les sourcils : il n’aimait pas ça. Barry ne le connaissait pas très bien, mais il sentait qu’il avait les mêmes doutes que lui sur l’attitude de Jones. Il avait entendu dire que l’ancien super héros préféré de l’Amérique avait beaucoup de soucis actuellement, mais il lui faisait confiance pour agir comme quelqu’un de bien en cas de souci…et ça risquait d’arriver plus tôt que prévu. Si ils étaient bien en Louisiane, il était évident qu’ils étaient en danger et qu’ils allaient devoir se battre sous peu. Toute la question était de savoir maintenant si ils pouvaient le faire aux côtés de Jones ou non.

« John, je sais que tu crois à ce que tu dis et que tu as été un très bon chef jusqu’à maintenant, mais j’ai du mal à imaginer qu’on puisse tuer tant de Lézards : ok, nous n’avons peut-être pas le choix, mais…mais c’est pas comme ça qu’on doit faire ! Bien sûr, on n’est pas des héros de BD, mais ça n’empêche qu’on a quand même des valeurs à défendre, des gens qui attendent de nous autre chose qu’une attitude digne de soldats ! On ne doit pas assassiner froidement autant de Lézards que tu le veux !
- Steelman, nous en avons déjà discuté. »

La voix du télépathe fut froide et dure : il était clair qu’il ne supportait pas qu’on remette en question ses ordres et ses prises de position. Instinctivement, Barry serra les poings, sentant que la situation allait bientôt mal tourner. Donna, elle, semblait être totalement indifférente, observant les grands arbres autour d’eux au lieu de prêter attention aux échanges entre ses coéquipiers. Elle était vraiment bizarre.

« Nous n’avons plus le temps pour ça : les Lézards sont de plus en plus agressifs et il est clair que les gens ont besoin d’une réponse claire et précise de la Ligue à ce problème. Cela ne me plaît pas non plus de les tuer, mais je ne peux pas tous les contrôler : seul un quart d’entre eux peut survivre si je fais ça, et nous devons agir pour parvenir à ce but. C’est la seule chance de la Louisiane. Tu peux demander à notre futur ami ici présent, il connaît mieux le terrain que vous. »

Une flèche sortit soudainement des branches d’un arbre derrière John, et celui-ci se baissa légèrement sur la gauche pour l’éviter. Barry, plus rapide, stoppa le projectile en se plaçant devant lui et en le prenant dans ses mains, avant de lever un regard inquiet vers l’origine du tir. Un homme sortit agilement de l’arbre en un saut rapide, retombant calmement sur ses pieds devant le petit groupe.
Il était vêtu entièrement de noir, de la tête aux pieds : bottes, pantalon d’alpiniste, t-shirt à manches longues, gants et même cagoule lui recouvrant tout le visage, sauf les yeux et les cheveux. Là, il avait placé des lunettes étranges pour masquer son regard, et ses cheveux blonds coupés courts étaient par contre laissés au vent. Il portait sur son dos un carquois marron et avait dans ses mains un bel arc de la même couleur, et Barry remarqua aussi qu’il avait une ceinture avec différentes petites sacoches. Il vit enfin un couteau dans la botte droite, presque invisible à cause de sa couleur elle aussi sombre.

Instinctivement, Donna leva ses armes vers lui et Steelman s’éleva dans les airs, au cas où. John leva les mains dans un geste d’apaisement, mais ils ne bougèrent pas : autant pour son autorité, et une expression de colère passa furtivement sur son visage avant qu’il ne retrouve son impassibilité habituelle.

« Qui c’est, John ? Encore un de tes tours ?
- Je ne sais pas qui c’est, Steelman, mais c’est un ami. Il nous observe depuis notre arrivée et nous a reconnu : il veut nous aider à arrêter les Lézards car il est là depuis le début pour traquer ceux qui tuent dans les villages encore préservés.
- Comment tu sais tout ça ? Tu as lu ses pensées ?
- Oui. Avec son autorisation.
- Ouais… »

Il était évident pour Barry que Steelman avait de plus en plus de mal à croire aux paroles de John Jones, mais il se posa quand même sur le sol, même si il gardait toujours une attitude prudente. Il semblait être prêt à sauter sur le nouveau venu dès qu’il ferait le moindre geste.

« Cet homme a raison : il a tenté de nouer contact avec moi et j’ai accepté. Je sais que vous êtes la Ligue et que vous êtes déjà intervenus ici, mais je pratique les Lézards depuis leur apparition : je m’y connais mieux que vous. Je peux vous guider dans les régions les plus infestées et vous aider à tuer leurs chefs.
- Leurs chefs ?
- Même si ils sont des bêtes, des animaux, il existe quand même une sorte de…hiérarchie. Ils suivent des dominants, et les dominés sont en général la chair à canon. Il suffit de tuer le chef pour que les autres perdent la tête et se fassent avoir plus facilement.
- Mais comment tu sais tout ça ?
- Ça fait depuis le début que je suis ici : je m’y connais. Croyez-moi.
- Mais qui es-tu ? »

La question de Steelman était logique, mais sembla beaucoup peiner l’inconnu : il n’avait pas l’air d’avoir envie de parler de lui dans ces termes. Evidemment, cela ne fit qu’accentuer la suspicion envers lui, et Barry se demandait si ils pouvaient vraiment faire confiance à un type comme ça, lui qui n’était même pas sûr de croire en ses propres coéquipiers.

« Je…appelez-moi l’Ombre.
- L’Ombre ? Que c’est théâtral ! Pourquoi pas l’Ombre Masquée ?
- Steelman, c’est peut-être plus recherché ? Plus subtil ? »

La réplique avait été dure, mais juste. Malgré la tension, le jeune Allen ne put s’empêcher de sourire, ce qui n’était évidemment pas le cas de son collègue. Il était clair qu’il risquait d’y avoir une tension entre les deux hommes.

Mais alors que Steelman allait répliquer quelque chose, le nouveau venu banda son arc et tira deux flèches sorties extrêmement rapidement de son carquois. Les deux projectiles filèrent sur la gauche de Barry, qui fut lui-même surpris par la vitesse de l’homme. Il se retourna pour voir où elles allaient et l’arrêter si besoin, mais il se retint au dernier moment : les deux armes allèrent directement se planter dans les torses de deux Lézards, qui s’écroulèrent aux pieds du jeune Allen.
L’Ombre venait de lui sauver la vie, alors que personne n’avait remarqué le danger. Ça en disait long sur ses capacités à survivre ici…et les leurs.

« Wow… »

Barry se passa la main sur le haut de son masque, troublé. En un instant, le nouveau venu avait tué de sang froid deux êtres qui avaient jadis été humains, mais qui n’auraient pas hésité un seul instant pour l’assassiner lui. Vu le naturel de l’Ombre à faire cela, il était clair que les règles n’étaient pas les mêmes dans le reste du monde et en Louisiane, et il ne savait pas vraiment où il en était : est-ce qu’il devait se comporter comme lui ici pour survivre et accomplir la mission ? Est-ce qu’il devait suivre la voie de Hal ? Même si celui-ci avait raison de ne pas se trahir, il n’empêchait que la situation ne pouvait rester en l’état…il fallait faire quelque chose.

Soudain, Donna se mit à parler, d’une voix lente et forte qui forçait l’admiration et le respect. Même si elle ne le montrait pas encore vraiment, elle était une meneuse née, qui recelait bien des mystères.

« Il est clair que nous ne pourrons survivre ici sans lui…sans l’Ombre, si il veut qu’on l’appelle ainsi. Ni Steelman, ni Flash, ni moi n’avons entendus ces monstres arriver, et lui seul a eu les réflexes suffisants pour sauver Flash alors qu’il ne semble avoir aucun pouvoir. Nous avons besoin de lui pour accomplir cette mission, et nous devons partir. Maintenant. »

John acquiesça avant de rajouter quelques mots pour asseoir son autorité. Steelman montrait son aversion pour le nouveau venu en évitant de le regarder alors qu’il remettait son masque et s’élevait dans les airs, mais l’Ombre semblait n’en avoir rien à faire : il avait l’air totalement au-dessus de ces considérations. Il semblait être encore plus étrange qu’eux tous réunis.

« Bien, nous n’avons plus de temps à perdre : l’Ombre nous guidera dans la région, et nous aidera à éradiquer les Lézards. Steelman et Flash, vous userez de vos pouvoirs pour créer la panique dans les camps et isoler les Lézards, voir sauver les survivants si vous en trouvez : nous nous occuperons de la suite. »

Steelman ne dit rien en s’envolant, et Barry acquiesça avec difficulté. Même si il n’allait pas tuer de ses mains, il allait participer au massacre…il en était partiellement responsable, alors. Il ne savait pas ce qu’il devait faire, mais il était sûr qu’il porterait ce choix sur sa conscience pour toutes les années à venir, car au fond, il était tout autant responsable que Donna, John ou l’autre de leurs actes…il était même pire qu’eux : il pouvait les arrêter, mais ne faisait rien et les encourageait.

Ce fut sur cette note joyeuse que leur troupe partit pour un voyage de sang, de sueur et d’enfer. Pendant deux jours entiers, l’Ombre les mena dans des territoires détruits par les Lézards où cadavres d’humains et monstres horribles étaient devenus la norme. Donna, John et le nouveau venu s’en donnaient à cœur joie dans la journée pour annihiler toute forme de vie reptilienne, alors que Steelman et Flash détruisait les vagues habitations de leurs opposants et désordonnait leurs efforts de stratégie. Ils étaient les éclaireurs, la première vague d’attaque, et les autres se chargeaient du sale boulot.
Le soir, l’Ombre se créait de nouvelles flèches ou en volait dans les super marchés où ils passaient, Donna montait la garde une partie de la nuit et Steelman une autre. John restait seul, et Barry tentait de nouer la conversation avec ses deux coéquipiers, mais sans succès. Ils vivaient un véritable enfer sur Terre à massacrer des reptiles, et aucun ne semblait pouvoir le partager avec les autres. Barry avait presque autant de larmes sur le visage que de sang de ses adversaires : il se sentait mal.

Tout ce qu’il avait toujours voulu, c’était aider les gens, mettre au service du Bien ses grands pouvoirs, mais est-ce que c’était encore le cas ? Jusqu’à maintenant, sa carrière n’avait pas été très fructueuse, bien au contraire : à part son fait d’armes avec la Ligue à Manhattan, il n’avait pas été légendaire et il savait que ce qu’il faisait là ne changerait rien. John se comportait comme un général et Donna et l’Ombre comme ses soldats, mais ni lui ni Steelman ne se voyaient ainsi : ils étaient des justiciers, pas des militaires. Il avait déjà entendu dire que les candidats à la présidence voulaient voir les super héros ainsi, mais jamais il ne se plierait à ça…jamais il ne deviendrait une machine à tuer.
Mais dans ce cas alors, pourquoi restait-il là ? Pourquoi participait-il à cette horreur ? Parce qu’il savait que sans lui, aucun de ses coéquipiers ne s’en sortirait vivant. Parce que la Louisiane comptait sur eux, et qu’il ne pouvait décevoir ces pauvres gens…quitte à vendre son âme pour ça.


Les jours se succédèrent ainsi, la violence ne faisant que s’accentuer. Barry ne se sentait pas bien, et il commençait à perdre patience : chaque nouvelle attaque était exactement comme la précédente, sauf que la sauvagerie de leurs adversaires était de plus en plus intolérable. Même si ils avançaient bien et que l’Ombre et Donna s’en donnaient à cœur joie, il savait qu’ils allaient avoir encore beaucoup de travail avant d’en avoir fini avec tout ça. Evidemment, l’armée massacrait aussi les Lézards, mais eux agissaient de l’intérieur et avaient plus de méthode.
Désormais, leur plan était bien huilé : Steelman et lui fonçaient dans le gros de leurs ennemis, isolaient globalement chacun d’entre eux et les autres arrivaient pour finir le travail. Malheureusement, il était déjà arrivé à Steelman de tomber sous les coups des Lézards. Le jeune Allen n’avait pas su si il aurait pu être vraiment blessé par leurs griffes, mais il était conscient que son collègue, son ami était en danger, et il ne le supportait pas. Fatigué, énervé par toutes les horreurs qu’il voyait à chaque nouvelle incursion vers l’ennemi, il ne pouvait accepter de voir un de ses camarades tomber. Il avait serré les poings, hurler de rage et s’était jeté à son secours : il avait couru plus vite que jamais, avait activé le plus rapidement possible ses jambes pour le sauver…et il avait littéralement atomisé un de leurs adversaires.

Il avait vu les morceaux de chair exploser sous sa course bien trop rapide, et il s’était immédiatement stoppé sur place, incapable de faire le moindre pas. Il avait tué, alors qu’il s’était juré de ne jamais ôter la vie de quiconque. Il ne comprenait pas pourquoi il avait fait ça, mais il savait qu’il ne pouvait revenir en arrière. Il n’était pas mieux que Donna ou l’Ombre, au fond : il avait fait la même chose qu’eux.

La suite, il ne s’en souvenait pas. Barry était tombé à genoux, fixant ses mains recouvertes du sang de sa victime, et quand il sentit quelque chose d’autre que sa culpabilité, ce fut la main de John sur son épaule. Il parvint lentement à revenir à la conscience, mais uniquement pour découvrir que le camp ennemi avait été ravagé par ses alliés. Il n’avait aucune idée du temps qu’il avait passé ainsi, mais il savait que les autres avaient fait le boulot à sa place…au moins ça, c’était bon.
Néanmoins, ça ne le rassurait pas du tout. Il avait dépassé une limite sacrée pour lui, et il ne se voyait pas continuer : pas ainsi. Hal avait raison, jamais ils n’auraient dû se croire capables de tuer des Lézards, même si ils étaient coupables des pires crimes. Il avait vu ce qu’ils pouvaient faire, mais aucune action, aucune horreur ne permettait à quiconque de prendre la vie de quelqu’un. Barry croyait en la Justice, pas en la Vengeance. Il allait arrêter tout ça…il ne pouvait plus continuer. Il allait raccrocher.

« Je ne te laisserai pas faire, Barry. Tu vas continuer avec moi.
- Quoi ? »

Lentement, il posa son regard sur John : il ne comprenait pas pourquoi il avait dit cela, et pourquoi il avait ainsi grillé son identité secrète devant l’Ombre. Evidemment, il savait que Steelman et Donna se doutaient de son identité réelle et avaient déjà vus son visage et entendus son prénom, mais ça n’empêchait qu’il n’aimait pas ça. Pourquoi se comportait-il si étrangement ces derniers temps ? Perdait-il l’esprit ?

« Je ne suis pas fou : je veux juste que les choses soient faites comme je l’entends. J’en ai assez que les membres de ce groupe ne me respectent pas. Vous n’êtes que des petits joueurs, des gamins à pouvoirs qui n’ont aucun sens des responsabilités et des réalités. Quand comprendrez-vous enfin que le combat contre les criminels est une guerre ?
- Mais qui es-tu pour nous parler ainsi ?! »

Steelman s’éleva dans les airs, menaçant. Lui non plus ne supportait plus John, et Barry fut heureux de se trouver un allié en la personne du type le plus puissant du groupe. Donna était en retrait, plus stupéfaite de la tournure des événements qu’autre chose, et l’Ombre avait disparu. Ce type ne parlait pas beaucoup de toute façon, et il n’avait pas à se mêler des affaires du groupe : il n’en faisait pas partie.

« Qui je suis ? Je suis un flic, James ! Un flic, pas un débile en costume comme vous ! Avec vos pouvoirs, vous auriez déjà pu sauver cette planète des Luthor et autres, mais vous préférez rester là à vous combattre comme des imbéciles ! Vous me faites pitié ! Moi, je saurais quoi faire de vos capacités si je les avais !
- Ah ouais ? Et pourquoi faire ? Tuer les criminels ?
- Bien sûr que non ! Je prendrais les décisions qui s’imposent ! Je ne suis pas un lâche, moi !
- Putain, c’en est trop ! Je vais pas me faire traiter de lâche par un nazi comme toi ! »

Avec toute la colère de ces derniers jours, toute la fatigue et la souffrance, Steelman avait besoin de quelque chose sur quoi taper et crier, ce qui expliquait l’allusion douteuse au IIIe Reich, et John faisait office de cadeau inespéré. Il fonça rapidement vers son chef, les poings serrés et bien décidé à lui régler son compte, mais Jones leva ses deux mains en avant et Baxton tomba immédiatement au sol !

Dans un nuage de poussière, le corps immobile du plus fort des membres de la Ligue gisait devant les pieds de Jones, et Barry n’en croyait pas ses yeux. Toujours à genoux, il n’avait aucune idée de quoi faire : il soutenait Steelman, mais il savait que John pouvait les vaincre sans problème. Seulement, il était trop touché par ce qu’il venait de faire pour tenter quoique ce soit…il ne savait même pas si il pourrait encore combattre un jour.

Il avait pris une vie, il avait fait la même chose qu’on avait fait à son père, comment pourrait-il encore se regarder en face ? Il n’était qu’un monstre de plus, et savait que ses pouvoirs n’étaient pas une bonne chose. Hartley avait tenté de le mettre en garde contre la Ligue mais il ne l’avait pas écouté…il aurait dû. Il ne serait pas devenu un meurtrier, il n’aurait pas eu envie d’abandonner son rôle pour essayer de continuer sa vie gâchée…

« Barry, arrête tes bêtises : j’ai besoin de toi, tu vas continuer. Un point c’est tout.
- Qu…quoi ? »

Le jeune Allen n’aimait pas le ton hautain et autoritaire de Jones, qui observait les bras croisés Steelman devant lui. Il lui avait peut-être fait beaucoup de mal, et il ne supportait pas ça. Même si il était détruit par ce qu’il venait de faire, ça ne voulait pas dire qu’il pouvait tout supporter sans réagir : il avait aussi une barre qu’il ne fallait pas franchir. Et Jones venait de le faire.

Lentement, il se leva et s’approcha de son chef, les poings serrés. Ca n’allait pas se passer comme ça : il était temps que quelqu’un lui apprenne le respect. Il avait espéré que ça soit Steelman ou même Hal, mais si ça devait être lui, et bien il s’en chargerait ! Ca serait sa dernière action en tant que Flash, et peut-être que ça allègerait un peu son âme, même si il savait que ça ne serait pas le cas. Il était damné, et passerait sa vie à regretter son geste.

« Oh, arrête d’être si larmoyant : tu ne te rappelleras même pas ça. »

Un regard suffit à John pour le faire tomber à terre, lui aussi. Il tenta de se débattre et de se tirer de là avec toute sa vitesse et sa force, mais cette dernière avait été bien entamée par la découverte de son geste. Même si il voulait combattre son ancien allié, même si il voulait sauver Steelman, il se sentait trop faible, trop touché pour vraiment se donner à fond : il n’était plus que l’ombre de lui-même, uniquement mû par son orgueil et sa fierté. Et, malheureusement, ça ne valait pas grand-chose face au talent télépathique de John Jones, qui avait aussi fait tomber Donna Troy.

Lentement, il fit venir vers lui les trois corps immobiles qu’il disposa la tête vers ses pieds et en triangle, et ferma les yeux. Il s’éleva légèrement dans les airs les bras croisés sur son torse, et les trois autres membres de la Ligue se mirent à trembler. Pendant de longues secondes, ils semblaient être pris de spasmes terrifiants et leur chef avait l’air d’être en transe, jusqu’à ce que tout s’arrête aussi rapidement que c’était arrivé.
Les corps ne bougèrent plus, Jones revint sur la terre ferme et rouvrit les yeux. Il semblait fatigué, troublé et un peu perdu. Il passa sa main sur son crâne rasé quand il sentit la pointe du flèche dans le creux de son cou. L’Ombre le menaçait avec son arc bandé à l’extrême.

« Donne-moi une raison de ne pas te tuer.
- Hormis le fait que je puisse briser ton esprit en une seconde ?
- Si tu pouvais le faire, tu l’aurais fait. M’est avis que tu viens de te pousser à fond et que tu dois récupérer. Tu ne peux rien me faire, mais moi si. Qu’est-ce que tu leur as fait ? »

Jones grimaça, chose plus que rare chez lui en temps normal mais de plus en plus fréquent ces derniers temps. Il semblait vraiment énervé, mais ne bougea pas.

« J’ai effacé de leur mémoire les événements de cette journée.
- Flash ne sait pas qu’il a tué ?
- Non. Et Steelman est toujours énervé, mais moins. Je veux les garder sous ma coupe.
- Pourquoi ?
- La Louisiane a besoin de nous. Les Lézards doivent être réduits à un nombre acceptable pour que je puisse les contrôler le temps de trouver un vaccin.
- Pourquoi tu n’utilises pas tes autres pouvoirs contre moi ?
- Quoi ?
- Tu es John Jones : tu sais voler, et à ce que j’ai appris, tu avais une autre tête à New York. Tu sembles métamorphe, télépathe et tu peux léviter. Pourquoi ne pas utiliser tes autres capacités maintenant au lieu de tout me dire ? Tu aurais pu me mettre KO et attendre de récupérer pour zapper mon esprit. »

Il soupira lourdement : il n’aimait pas être acculé. Il savait que l’Ombre cachait aussi son jeu mais détestait devoir dire des choses sur soi quand il n’y était pas prêt. Malheureusement, il n’était pas en mesure de se protéger ou de faire autrement.

« Leur faire ça m’a fatigué, et je ne peux rien faire d’autre pour l’instant. Je dois déjà beaucoup me concentrer pour garder cette…apparence.
- Je vois. Qu’est-ce que je vais faire de toi, alors ? »

John entendit la flèche glisser le long de la corde comme si il la rangeait, mais soudain un énorme cri vint à leurs oreilles en provenance de la gauche : des Lézards attaquaient. D’instinct, l’Ombre releva son arme et son « allié » se tint à ses côtés en tentant de lutter contre la fatigue pour se préparer à la défense, mais ce qui suivit les étonna plus qu’autre chose. Alors qu’il s’attendait à l’arrivée de monstres qu’ils connaissaient tant, tout ce qu’ils virent fut une explosa étrange avec un bruit mystérieux, puis un nuage de fumée violette se dégagea des arbres devant eux.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Ils savaient que ce n’était pas dans la façon de faire des Lézards d’avoir une telle stratégie : ils préféraient foncer dans le tas sans se soucier des blessés. Lentement, l’Ombre s’approcha, prêt à tirer à la moindre occasion, mais il s’arrêta sur place quand les feuilles se mirent à bouger. Jones était harassé mais savait qu’il pourrait tenter une attaque télépathique, mais une seule : il ne faudrait pas se louper si il devait s’en servir.

« Bonjour. »

Un homme sortit lentement des bois, habillé d’un jeans et d’un polo sales. Il avait un long manteau noir et des lunettes de soleil, et son crâne était lui aussi rasé. Il avait les mains violettes comme si elles avaient été exposées à un produit de cette couleur, et son expression était aussi froide que possible. Même sa voix avait été dénuée d’émotion.

« Mon dieu…tu es vivant ? »

John n’en croyait pas ses yeux. Il était sûr qu’il était mort…il était sûr qu’il avait été massacré par Osborn et ses sbires. Il avait entendu de vagues rumeurs sur son retour à la vie dans le Nord, mais immédiatement on avait dit qu’il avait de nouveau disparu et il n’avait pas tenté de le contacter pour faire partie de la Ligue, alors qu’il était de son projet initial. Un sourire se dessina sur ses lèvres, alors qu’il s’approchait de Tim Hunter pour l’accueillir : peut-être que les choses iraient bien, finalement…peut-être qu’ils arriveraient à sauver la Louisiane avec lui. En tout cas, leurs chances venaient de grandement augmenter, et ça valait bien un grand sourire sur son visage habituellement neutre.






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